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LA COLLECTION

MA PASSION POUR L’ART

J’ai toujours été un passionné d’art. Dès mon plus jeune âge, j’aimais visiter les musées et les expositions, fasciné par l’idée de découvrir quelque chose d’unique.

Au début des années 90, lorsque j’ai emménagé dans mon premier logement, j’ai ressenti l’envie de le meubler d’œuvres d’art. En vue d’acquérir ma première toile, je me suis rendu à l’atelier de Gast Michels à Walferdange. Il était extrêmement sympathique, ouvert et totalement disposé à me présenter ses tableaux. Malheureusement, à l’époque, je n’étais pas encore prêt à comprendre son langage visuel et ses peintures épurées, remplies de symboles. De plus, le prix de ses œuvres dépassait mes moyens financiers.

Je me suis ensuite rendu chez Charly Reinertz à Strassen. Là aussi, j’ai rencontré un homme extrêmement ouvert et amical. J’ai rapidement été séduit par une de ses peintures abstraites. J’ignorais toutefois qu’il se trouvait à l’époque dans une période d’« abstraction », alors qu’il était principalement connu pour ses œuvres figuratives. Nous nous sommes rapidement entendus, et je suis rentré chez moi, fier d’avoir acquis mon premier tableau.

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J’ai bientôt pris goût à vivre avec l’art et je me suis mis à explorer le monde de l’art au Luxembourg, principalement dans les galeries et les expositions présentant des artistes luxembourgeois. Ainsi, au fil du temps, une multitude d’œuvres se sont ajoutées à ma première peinture.

Entre-temps, j’ai fait construire une maison, ce qui a naturellement réduit le nombre d’acquisitions d’œuvres d’art à cette époque, mais une fois installé dans mes nouveaux murs et les charges financières bien gérées, j’ai à nouveau fréquenté les galeries et les expositions. Or, ce qui m’a procuré le plus grand plaisir, c’est de rendre visite directement aux artistes et de discuter de leur travail avec eux dans leur atelier.

Après quelques années, je me suis rendu compte que ma passion pour l’art était inconciliable avec l’espace disponible dans ma maison. J’ai alors esquissé des plans d’agrandissement, principalement dans le but de créer de nouveaux espaces d’exposition. Une fois le projet réalisé, ces surfaces vides ne demandaient qu’à accueillir de nouvelles œuvres d’art.

À    À ce stade, je n’avais pas encore l’ambition de constituer une « collection d’art ». J’avais plutôt rassemblé un ensemble de coups de cœur, sans autre fil conducteur que ma passion pour l’art. Aussi, il me semblait naturel de m’intéresser à des artistes qui vivaient et travaillaient à proximité de chez moi. Cette disposition m’a permis d’entrer facilement en contact avec les artistes et d’échanger avec eux.

À aucun moment, je n’ai considéré l’art comme un investissement qui générerait du rendement. Acheter de l’art était pour moi un pur plaisir, et chaque nouvelle acquisition suscitait en moi une forme d’enthousiasme, similaire à celle que l’on peut ressentir lorsqu’on achète une nouvelle voiture ou tout autre objet exclusif. Acheter une nouvelle toile plusieurs fois par an me comble de joie à chaque fois. De ce sentiment est née une véritable passion pour la collection d’art.

Je me décrirais volontiers comme un collectionneur passionné et engagé. L’acquisition d’œuvres d’art a souvent été pour moi une priorité telle que j’ai accepté, à certaines périodes, de faire face à des contraintes financières. Lorsque le budget prévu était dépassé, il m’est même arrivé de recourir à un crédit afin de pouvoir réaliser l’achat d’une œuvre qui me semblait particulièrement importante.

Outre le plaisir que me procurent l’acquisition et la possession d’art, ma passion de collectionneur a éveillé en moi une autre dimension émotionnelle, celle de pouvoir appeler miennes les œuvres de certains artistes.

Ainsi, avoir en ma possession une œuvre de Michel Stoffel était devenu impératif. Malheureusement, il est décédé en 1963. Il semble que j’aie d’emblée choisi l’un des représentants les plus importants et significatifs de l’art contemporain luxembourgeois. Ma visite à Bissen dans sa maison natale, avec son fils, a été couronnée de succès.

J’ai eu l’occasion de voir toute une série de ses œuvres et j’ai pu monter jusqu’au grenier, où à part moi, seule la Grande-Duchesse Charlotte avait eu l’occasion d’accéder pour retrouver ses peintures, comme me l’a assuré le fils de Michel Stoffel. Ceci m’a procuré un sentiment particulier de bonheur lorsque je suis rentré chez moi avec mon premier « Stoffel ». J’ai invité de nombreux artistes représentés dans la collection à venir voir leur œuvre dans son nouvel environnement. Souvent, les artistes ont apprécié ce retour, heureux que leur travail trouve la reconnaissance espérée.

Ce sentiment de bonheur m’a encouragé à continuer d’acquérir des œuvres d’artistes contemporains significatifs. Pour faire partie de la collection, il importe que l’artiste ait une certaine notoriété au Luxembourg et qu’il expose ou ait exposé ses œuvres régulièrement. Sa nationalité n’a pas d’importance. J’interprète le terme « contemporain » de telle manière que l’artiste est un de mes « contemporains » et que nos périodes de vie se chevauchent autant que possible.

Après avoir initialement collectionné des peintures souvent de grande di mension nécessitant beaucoup d’espace, j’ai commencé à acquérir des sculptures et des œuvres modelées. Je fais délibérément une distinction entre les objets artistiques issus d’un processus « additif » (modelage) ou « soustractif » (sculpture). Dans ma collection, il y a peu de dessins et de collages, et la photographie, l’installation, la lithographie, la gravure, la vidéo, l’art sonore ou d’autres techniques artistiques n’y sont pas représentés.

Pour répondre à ma sensibilité esthétique et à mes goûts personnels, l’acte artistique doit être lié à un « savoir-faire » et l’œuvre de l’artiste doit être le résultat d’un exigeant processus créatif, esthétique et artisanal. Les œuvres d’art doivent donc témoigner d’une certaine qualité et être représentatives de la période couverte par la collection.

Chaque visiteur décidera de la signification de la collection d’art. Pour ma part, il importe qu‘il y ait une certaine cohérence et consistance entre les œuvres présentées et qu’elles soient en harmonie visuelle et esthétique avec leur lieu d’exposition. Il me tient également à cœur de vivre avec les œuvres d‘art et de les faire vivre, plutôt que de les enfouir dans une cave ou un entrepôt. Dans ce sens, je fais des prêts d‘œuvres d’art à la famille et aux amis et les mets à la disposition d’expositions publiques. Les œuvres sont régulièrement décrochées, déplacées et raccrochées, de sorte qu’elles peuvent être contemplées dans de nouveaux espaces et appréciées dans de nouveaux contextes.

J’ai invité de nombreux artistes représentés dans la collection à venir voir leur œuvre dans son nouvel environnement. Souvent, les artistes ont apprécié ce retour, heureux que leur travail trouve la reconnaissance espérée.

La collection réunit les peintres, sculpteurs et plasticiens qui ont marqué ou marquent encore l’histoire de l’art au Luxembourg et qui m’ont touché personnellement. Par cet ouvrage, j’ai donc essayé, autant que possible, de rendre leur travail accessible en y présentant quelques œuvres de leur longue carrière. Aussi, un certain nombre d‘artistes, peut-être moins connus, sont représentés dans la collection avec une ou deux œuvres parce qu’ils m’ont impressionné par leur travail. J’ai également cherché à rassembler différents styles d’art dans ma collection pour capter la diversité de la création artistique au Luxembourg.

Collectionneur passionné depuis plus de 30 ans, j’ai voulu réunir mes œuvres préférées de près d’une centaine d’artistes luxembourgeois dans un livre à partager avec d’autres amateurs d’art. J’y présente les biographies, les œuvres et les parcours artistiques des artistes pour autant qu’ils me soient connus. J’ai également tenté d’évoquer leur place dans la collection en décrivant mes impressions et interprétations personnelles de leurs œuvres. En ce qui concerne les distinctions et les prix que les artistes ont reçus, j’ai surtout mentionné le Prix Grand-Duc Adolphe, le plus ancien et peut-être le plus prestigieux prix artistique au Luxembourg. Ce livre n’a certainement pas l’ambition d’être un document de valeur historique sur l’art. Des sources potentielles de documentation et des références bibliographiques sont mentionnées à la fin du livre. Les œuvres de la collection sont présentées dans l’ordre alphabétique des noms des artistes. 

   

CONSTRUCTION RAISONNÉE DE LA COLLECTION

Au fil de mon parcours de collectionneur, j’ai fait le choix conscient de ne pas élargir indéfiniment ma collection à de nouveaux artistes. À un moment donné, il m’a semblé essentiel de fixer un cadre clair afin d’éviter que la collection ne prenne une ampleur difficilement maîtrisable. Cette décision répond à une volonté de cohérence et de lisibilité : plutôt que de multiplier les ajouts, j’ai préféré consolider un ensemble existant et lui donner une véritable profondeur.

Dans cette logique, j’ai choisi de limiter ma collection aux artistes qui y étaient déjà représentés au moment de la publication de mon livre en 2024. Ce choix marque une étape importante, presque fondatrice, dans la définition du périmètre de la collection. Il traduit également une intention forte : celle de privilégier une approche qualitative plutôt que quantitative.

En effet, il m’a paru plus pertinent de me consacrer à une exploration approfondie des artistes présents dans la collection. En acquérant davantage d’œuvres de ces derniers, j’ai cherché à mieux comprendre leurs démarches, leurs évolutions et la richesse de leur production. Ainsi, la collection s’est développée en profondeur plutôt qu’en largeur, favorisant une connaissance plus intime des artistes et de leur travail.

Cette orientation s’accompagne d’une volonté d’inscrire la collection dans une forme de finalité. En me limitant à un nombre déterminé d’artistes — en l’occurrence 107 artistes contemporains luxembourgeois  — j’ai souhaité tendre vers une certaine complétude. Cette limite n’est pas rigide, mais elle offre un cadre qui permet de donner du sens à l’acte de collectionner et d’éprouver le sentiment de progresser vers un ensemble cohérent et abouti.

Par ailleurs, mon ambition a été de constituer une collection représentative de l’art contemporain luxembourgeois, entendu comme une période recouvrant essentiellement ma propre vie, depuis les années 1960 jusqu’à aujourd’hui. J’ai ainsi veillé à intégrer des artistes dont le travail a eu, selon moi, un impact significatif sur la scène artistique nationale, qu’il s’agisse de peintres, de sculpteurs ou de plasticiens.

La collection se caractérise aujourd’hui par un équilibre entre plusieurs générations et niveaux de reconnaissance. Elle comprend des artistes à renommée internationale, tels que Brandy, Unger, François et Tina Gillen, Fernand Roda, Roland Schauls, Filip Markiewicz ou encore Lucien Wercollier, qui structurent en partie le récit institutionnel de l’art luxembourgeois. Elle rassemble également un grand nombre d’artistes solidement ancrés dans la scène nationale, ainsi que des artistes plus jeunes et émergents, qui contribuent à refléter la vitalité actuelle de la création.

Ce souci d’équilibre se retrouve aussi dans la diversité des disciplines représentées, la collection couvrant de manière relativement homogène la peinture, la sculpture et les pratiques plastiques contemporaines. Elle se veut ainsi un reflet fidèle, bien que nécessairement subjectif, de la scène artistique luxembourgeoise contemporaine.

Conscient des limites inhérentes à tout choix de collection, j’ai souhaité intégrer une dimension réflexive à ma démarche. Je me suis ainsi interrogé sur la place et l’influence des artistes présents dans ma collection au sein du contexte luxembourgeois, tout en cherchant à identifier d’éventuelles absences significatives.

À cet égard, je regrette notamment l’absence d’un artiste luxembourgeois de renommée internationale tel que Michel Majerus. Cette absence s’explique toutefois par le niveau des prix atteints sur le marché depuis sa disparition, aujourd’hui largement au-delà des moyens que je souhaite consacrer à une seule œuvre. J’ai dès lors fait le choix d’orienter mes acquisitions vers des artistes peut-être moins médiatisés, mais permettant de refléter un spectre plus large et plus diversifié de la création nationale.

Ainsi, ma collection s’inscrit dans une démarche à la fois structurée, évolutive et réfléchie. Sans prétendre à l’exhaustivité, elle vise à proposer une lecture cohérente et équilibrée de l’art contemporain luxembourgeois, en privilégiant la profondeur, la représentativité et une meilleure compréhension des artistes qui la composent.

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